Turquie-Syrie : ce qu’il faut retenir de l’offensive turque

Mes très chers lecteurs, aujourd’hui on se retrouve pour un nouvel article qui va aborder l’intervention de la Turquie au Nord-Est de la Syrie, un sujet qui est donc très présent dans les médias. Je vais essayer aujourd’hui de faire un point sur tous ce que l’on a à savoir sur cette actualité. Pourquoi la Turquie lance-t-elle une offensive au Nord de la Syrie ? Comment réagit la communauté internationale ? Comment la situation peut-t-elle évoluer ? Voici les questions auxquelles je vais répondre. 

L’intervention turque en Syrie

Tout remonte au dimanche 6 octobre lorsque les Etats-Unis ont annoncé qu’ils retiraient leurs troupes militaires du Nord de la Syrie. En faisant cela, le président américain Donald Trump donne son accord pour une intervention turque dans la zone. 

On peut très vite se demander pourquoi est-ce que la Turquie aurait un intérêt à lancer une offensive dans le Nord de la Syrie ? Pour le comprendre, il faut d’abord savoir que cette zone géographique est composée majoritairement de population kurde. Les kurdes sont entre 30 et 40 millions dans le monde et sont principalement situés au Nord de l’Irak et de la Syrie, au Sud de la Turquie et en Iran. La Turquie est assez hostile à cette population puisqu’elle craint que les kurdes revendiquent une nation qui serait à cheval sur les quatre pays. La population kurde est donc considérée comme ennemie pour l’exécutif turc qui n’hésite pas à les qualifier de terroristes. 

Etant donné les relations conflictuelles entre la Turquie et les kurdes, dans le contexte de la lutte contre l’Etat Islamique (EI) en Syrie, un arrangement a été formulé entre les Etats-Unis, les Kurdes syriens et la Turquie pour à la fois lutter contre Daesh et à la fois protéger les kurdes nord syriens de la Turquie. Le départ des troupes américaines le 6 octobre dans cette zone rompt cet arrangement et laisse carte blanche au président turc Recep Tayyip Erdogan. 

Le mercredi 9 octobre, soit 3 jours seulement après le départ des troupes américaines, se déclenche l’opération militaire turque dans le Nord-Est de la Syrie. Cette offensive a pour but de créer une zone tampon entre la frontière turque et les zones syriennes habitées par les kurdes pour « réimplanter deux des 3,5 millions de réfugiés syriens présents en Turquie ». Pour la Turquie, cette offensive représente surtout l’occasion de protéger la frontière turque des territoires contrôlés par les kurdes. Le Courrier International, reprenant un article du quotidien panarabe Asharq Al-Awsat,expliquait dans son numéro de la semaine que « La Turquie poursuit plusieurs objectifs. Elle veut sécuriser sa frontière, se débarrasser des réfugiés syriens présents sur son sol et se servir de ces réfugiés comme barrage contre les kurdes. »

Les kurdes nord syriens, pour se défendre contre l’offensive turque, se lient avec le régime syrien de Bachar-Al Assad le 13 octobre. Une décision prise par pure nécessité militaire. Rappelons que les kurdes syriens sont d’ordinaire opposés au régime de Bachar Al Assad et revendiquent un territoire autonome. En soutenant les kurdes, l’armée syrienne s’assure un contrôle du nord-est de la Syrie. 

Réaction internationale 

Donald Trump a, le 14 octobre, annoncé des sanctions envers la Turquie. Les sanctions visent particulièrement les ministres de l’Energie, de la Défense et de l’Intérieur turcs. Tous les échanges entre les Etats-Unis et ces ministres sont gelés tant que l’offensive perdure. Toujours dans l’optique d’arrêter le gouvernement turc, le président américain appelle le 16 octobre, dans une lettre à Recep Tayyip Erdogan, à la négociation avec les kurdes. Mike Pence, le vice-président américain et secrétaire d’Etat Mike Pompeo se sont rendu en Turquie jeudi dernier (17 octobre) pour réclamer un cessez-le-feu.

La France opte quant à elle pour un embargo militaire à l’encontre de la Turquie. Concrètement, l’exécutif interdit toutes ses exportations de matériels militaires vers la Turquie. Emmanuel Macron, ainsi que d’autres personnalités politiques françaises, ont condamné l’offensive turque et appelle à l’arrêt des violences au Nord de la Syrie. 

Le 14 octobre, s’est déroulé le match Turquie-France de qualification pour l’Euro 2020 dans un climat tendu. Le salut militaire que les joueurs turcs ont fait lors de leur victoire contre l’Albanie est paru comme une provocation et un soutien à la politique offensive de Recep Tayyip Erdogan envers les kurdes syriens. Ce salut a également été fait lors du match entre la France et la Turquie. Emmanuel Macron ainsi que Jean-Yves le Drian (ministre des affaires étrangères) ont d’ailleurs refusé de se rendre au rendez-vous sportif. 

En ce qui concerne l’OTAN, l’Alliance Transatlantique, il est très difficile pour elle de réagir contre la Turquie puisque le pays fait justement parti de l’alliance. Il est donc compliqué pour l’OTAN d’agir à l’encontre d’un de ses membres. Quand à l’ONU, il est également impossible d’agir puisque le conseil de sécurité est divisé. Parmi les cinq membres permanents du conseil, la Russie et la Chine, alliés de la Turquie, bloquent toute intervention possible à l’encontre de la Turquie. 

La réaction turque 

La Turquie a dans un premier temps fait preuve d’inflexibilité en montrant de la défiance face aux réprobations internationales. Le pays a par exemple menacé l’Union européenne de renvoyer les 3,6 millions de migrants que le pays accueille depuis 2016 si elle continue à exercer des sanctions à son encontre. En effet, en 2016, un accord a été établi entre l’Union européenne et la Turquie pour réduire le flux migratoire en Europe. La Turquie a accueilli près de 3,6 millions de migrants provenant du Moyen-Orient (principalement de Syrie). Les réfugiés syriens sont une arme de chantage que le pays peut utiliser contre les nations européennes. En répondant de la sorte, la Turquie veut déstabiliser l’Union européenne plus qu’autre chose et lui faire comprendre qu’elle a besoin du pays. 

L’attitude de la Turquie a néanmoins été plus nuancée suite à la visite du vice-président américain et du secrétaire d’état le 17 octobre. Les Etats-Unis ont en effet obtenu d’Erdogan un cessez-le-feu temporaire.  Le gouvernement a suspendu l’offensive pour 5 jours le temps que les kurdes évacuent le nord de la Syrie pour construire cette zone tampon. 

Les risques de l’offensive 

Le principal risque qui préoccupe de nombreux pays sur l’offensive turque est celui de la fuite des jihadistes de l’Etat Islamique. Pour quelles raisons ? 

Tout d’abord, il faut savoir que les Forces Démocratiques Syriennes (FDS), composées de kurdes, sont un allié de taille dans la lutte contre les jihadistes de l’EI. Rappelons que c’est l’une des forces au sol les plus puissantes pour combattre Daesh. Les kurdes gèrent d’ailleurs des prisons dans lesquelles sont enfermés des jihadistes ainsi que des camps regroupant des familles jihadistes. Ils ont donc une grande responsabilité en ce qui concerne la surveillance des terroristes de l’EI. 

L’attaque turque pourrait donc potentiellement détourner les kurdes de cette prérogative. En effet, la défense contre les forces turques devient la principale préoccupation des kurdes, ce qui place automatiquement la surveillance des jihadistes en arrière-plan. En concentrant leur énergie dans la lutte contre les turcs, les terroristes emprisonnés sont nettement moins surveillés et peuvent probablement s’évader. Ce risque se concrétise lorsque le 16 octobre, les Forces Démocratiques Syriennes (FDS), majoritairement composées de kurdes annoncent qu’ils suspendent la lutte contre l’Etat Islamique. Jean-Yves Le Drian s’est d’ailleurs rendu ce jeudi 17 octobre à Bagdad (en Irak) pour négocier sur un potentiel transfert et jugement en Irak des jihadistes étrangers.

L’offensive turque pourrait également provoquer un fort flux migratoire. Les déplacements de populations se font d’abord au sein même de la Syrie. En effet, de nombreuses villes au nord de la Syrie (comme Ras al-Ain ou Tal Abyadse) se vident de plus en plus. Les populations kurdes se dirigent principalement vers l’est du pays. 

Poutine et Assad, les avantagés de l’offensive  

Force est de constater que pour Bachar El Assad, l’offensive turque est une aubaine. Elle lui a en effet permis d’avoir une mainmise sur la zone Nord de la Syrie. Les kurdes avaient été jusqu’ici fermement opposés au gouvernement syrien en leur réclamant une autonomie. Pour Assad, c’est donc une petite victoire de voir ses anciens opposants affaiblis et surtout de pouvoir faire rentrer son armée. 

En ce qui concerne la Russie, le départ des forces américaines au Nord de la Syrie lui laisse l’opportunité d’y occuper une place centrale.   

En bref ? 

La Turquie décide la 9 octobre dernier de lancer une offensive dans le Nord de la Syrie pour créer une zone tampon entre la frontière turque et les zones syriennes habitées par les kurdes. Cette zone tampon permettrait selon le gouvernement de « réimplanter deux des 3,5 millions de réfugiés syriens présents en Turquie ». L’attaque unilatérale turque a engendré de vives réactions à l’international notamment de la part des Etats-Unis et de l’Europe. Les risques de l’offensive sont divers comme la fuite de terroristes et des mouvements migratoires à haute échelle. 

Le mot de la fin 

L’article d’aujourd’hui a été un peu plus long que ceux des semaines passées et plus difficile à rédiger puisque c’est un sujet très dense. Il y a beaucoup de choses à dire mais j’ai tenté de vous expliquer le plus important en étant synthétique. Si mon contenu vous plaît, n’hésitez pas à vous abonner et à liker l’article, ça compte beaucoup pour moi. Vous pouvez également me donner en commentaire votre opinion sur l’offensive turque en Syrie.

Je vous souhaite à tous une très bonne semaine, je vous embrasse. 

Sarah. 

Page Instagram larevue_ geopolitique : https://www.instagram.com/larevue_geopolitique/  

Le duel de la semaine du 28 minutes sur Arte : https://www.youtube.com/watch?v=0XUt9ShZYSU

9 réflexions sur “Turquie-Syrie : ce qu’il faut retenir de l’offensive turque

  1. Bonjour Sarah !

    Merci pour cet article, vraiment tu as clarifié bcp de choses pour nous, ton écriture est parfaite, y a pas des erreurs ce qui rend la lecture si agréable pour nous, ton style élégant, les informations que tu nous as données sont très utiles car c’est un sujet moderne donc je te remercie pour cet article .
    A Bientôt 😊

    Aimé par 2 personnes

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