Violences sexuelles : les témoignages se bousculent

Ces derniers mois, de plus en plus de femmes prennent la parole pour dénoncer des agressions sexuelles qu’elles ont subies. Pourquoi témoignent-elles ? 

Adèle Haenel, Valentine Monnier, Vanessa Springora, Sarah Abitbol. Elles affirment toutes avoir été des victimes de violences sexuelles. Retour sur toutes ces femmes qui ont récemment marqué l’espace médiatique en France. 

Le 22 janvier, est sorti au cinéma le film Scandale (Bombshell) réalisé par Jay Roach. Inspiré de faits réels, le film parle de la vague d’accusations de harcèlement sexuel qui ont visé en 2016 l’ancien patron de la chaine Fox News Roger Ailes aux Etats-Unis. Gretchen Carlson (interprétée par Nicole Kidman), journaliste pour la chaîne Fox News, dénonce en premier le patron Roger Ailes. Le film montre comment Gretchen Carlson a inité la prise de parole et sa crainte de ne pas être soutenue ni suivie par d’autres victimes. Il reflète également bien le doute des victimes à avouer qu’elles ont été abusé. La journaliste Megyn Kelly (interprétée par Charlize Theron) a pris du temps pour décider de soutenir Gretchen Carlson. Bien que précédant d’un an le mouvement #MeToo, le film entre complètement dans l’ère de ce mouvement. C’est pourquoi, suite au visionnage de ce film, on se retrouve aujourd’hui pour parler de ces femmes médiatisées qui, dernièrement, ont pris la parole.  

Le monde du cinéma secoué

Le 4 novembre 2019, l’actrice française Adèle Haenel a accusé, dans un entretien pour Mediapart, le réalisateur Christophe Ruggia d’attouchements et de harcèlement sexuel alors qu’elle était âgée entre 12 et 15 ans. Les faits se seraient passés après le tournage du film Les Diables en 2002, réalisé par Christophe Ruggia et dans lequel Adèle Haenel tient le rôle principal. S’en est suivi la procédure de radiation de Christophe Ruggia lancée par la société des réalisateurs de film (SRF), l’auto-saisit du parquet de Paris sur les chefs d’accusations de « harcèlement sexuel » et « attouchements » ainsi que la plainte d’Adèle Haenel. Christophe Ruggia a été mis en examen et placé en détention provisoire le 15 janvier 2020 pour « agressions sexuelles sur mineur de 15 ans par personne ayant autorité sur la victime ». 

« Je dois le fait de pouvoir parler à toutes celles qui ont parlé avant, dans le cadre des affaires #MeToo et qui m’ont fait changer de perspective sur ce que j’avais vécue. »

Le témoignage, fortement repris sur les réseaux sociaux, fait de l’actrice une voix du mouvement #MeToo en France. Adèle Haenel a d’ailleurs fait part de sa volonté de participer à cette prise de parole générale dans un entretien pour Mediapart. « Je dois le fait de pouvoir parler à toutes celles qui ont parlé avant, dans le cadre des affaires #MeToo et qui m’ont fait changer de perspective sur ce que j’avais vécue. Et du coup je voudrais contribuer à ça, renvoyer ça dans l’espace public parce que je pense que ça peut vraiment libérer d’autres paroles. Et quand on parle de parole, on ne parle pas juste des mots mais de la vie des gens. »

« Il me frappa, roua de coups jusqu’à ma reddition puis me viola en me faisant subir toutes les vicissitudes. Je venais d’avoir 18 ans. »

Quelques jours suivant le témoignage d’Adèle Haenel, une autre prise de parole bouscule le cinéma français. La photographe Valentine Monnier admet, dans Le Parisien le 8 novembre, avoir été victime d’un viol et de coups par le réalisateur Roman Polanski en Suisse en 1975. Elle explique dans un texte : « En 1975, j’ai été violée par Roman Polanski. Je n’avais aucun lien avec lui, ni personnel, ni professionnel et le connaissais à peine. Ce fut d’une extrême violence, après une descente de ski, dans son chalet, à Gstaad Il me frappa, roua de coups jusqu’à ma reddition puis me viola en me faisant subir toutes les vicissitudes. Je venais d’avoir 18 ans. »

Si les faits sont prescrits, cette révélation entache la figure du réalisateur, déjà mêlé à une affaire de détournement de mineurs aux Etats-Unis pour des faits datés de 1977.  Cette révélation intervient à seulement quelques jours avant la sortie du film « J’accuse » de Roman Polanski, qui aborde l’affaire Dreyfus. 

La nomination aux Césars du film « J’accuse » dans 12 catégories a relancé la polémique. Faut-il récompenser le travail d’un potentiel violeur ? L’art doit-il avoir de la morale ? Ce sont des questions qui gravitent autour de ces révélations et auxquelles il reste difficile de répondre. 

témoignage de Vanessa Springora

Une révélation choc pour le monde de la littérature. Le 2 janvier, Vanessa Springora, 47 ans, a publié le livre Le Consentement (éditions Grasset), dans lequel elle révèle sa relation intime avec l’écrivain français Gabriel Matzneff alors qu’elle avait 14 ans et lui 50 ans. Les faits remonteraient aux années 1980. Ce livre dénonce la pédophilie de Gabriel Matzneff et une époque où la littérature passait avant la morale. Alors que l’affaire explose, un extrait de l’émission Apostrophe (sur Antenne 2), dans lequel Gabriel Matzneff avouait ouvertement son attirance pour les adolescentes et adolescents, se diffuse sur les réseaux sociaux. Gabriel Matzneff, interrogé le 29 décembre dans Le Parisien, se dit peiné et avoue ne pas avoir vécu la même expérience que Vanessa Springora. Le parquet de Paris se saisit de l’affaire le 3 janvier dans le cadre d’une enquête pour viol commis sur des mineurs. 4 maisons d’éditions ont suspendu la publication des journaux de Gabriel Matzneff (Gallimard, Editions Stock, Léo Scheer et Table Ronde). L’auteur y évoquait sans tabous son attirance pour les mineurs.

Sarah Abitbol

L’ancienne patineuse française Sarah Abitbol (44 ans) publie le 30 janvier Un si long silence (éditions Plon), livre dans lequel elle accuse son ancien entraîneur Gilles Beyer de l’avoir violée à plusieurs reprises entre 1990 et 1992. Elle avait entre 15 et 17 ans au moment des faits. Elle y raconte la honte, la peur qui l’ont empêché de parler à l’époque. Le parquet de Paris a ouvert le 4 février une enquête préliminaire pour viols et agressions sexuelles sur mineurs après avoir analysé son livre pour tenter d’identifier toutes les victimes même si de nombreux cas devraient être prescrits. 

Au delà de révéler des faits, cette affaire pose la question de la responsabilité de la Fédération Française des Sports de Glace (FFSG). Etait-elle au courant de ces faits ? Et si oui, pourquoi n’avoir rien fait ? Selon Didier Gailhaguet, le président de la FFSG, il n’avait pas connaissance de la majorité des faits dont parle Sarah Abitbol. Le 8 février, après s’être rendu en conseil fédéral, a décidé de démissionner.

Toutes ces affaires révèlent deux choses. La première est que le processus de prise de parole est long et difficile. La seconde est qu’un témoignage encourage d’autres victimes à prendre la parole. On le voit bien dans le film Scandale lorsque les accusations visant Roger Ailes s’accumulent après le premier témoignage de Gretchen Carlson.  L’autrice Caroline Laurent pour francetvinfo a dans ce sens expliqué le 6 janvier : « On soulève une pierre et en dessous, ça grouille« . 

Ecrit par @hamnysarah

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