Municipales : Entretien avec la maire de Moissy-Cramayel [2/2]

A l’approche des élections municipales, la maire sortante de Moissy-Cramayel, Line Magne, livre pour Sarah’conte le monde ses futurs projets pour la commune.

Paris, Lyon, Marseille, Lille. Les élections municipales sont souvent abordées du point de vue des grandes villes en France. Et pour cause, elles ont de réels enjeux politiques nationaux. La majorité des communes en France sont pourtant petites à moyennes. Sur les 35 000 communes françaises, 34 895 ont entre 200 habitants et 20 000 habitants selon les chiffres des collectivités locales en 2018. Aujourd’hui, on se retrouve justement pour un article qui aborde les élections municipales du point de vue de Moissy-Cramayel, commune de 17 000 habitants en Seine-et-Marne. A l’approche du scrutin, la maire de cette commune, Line Magne, a décidé de dresser pour Sarah’conte le monde le bilan de son mandat et d’expliquer les projets qu’elle envisage pour 2020-2026. En place depuis 2014, la maire de gauche envisage de briguer un second mandat. Ecologie, agriculture, pesticides, santé et féminisme, Line Magne se livre.

Comment est-ce que vous définiriez Moissy-Cramayel pour les personnes qui lisent cette interview et qui ne connaissent pas cette commune ?

Je dirais que Moissy-Cramayel est un joli sujet à la fois d’urbanisme et de vie sociale. C’est une ville qui n’est pas trop grande, juste en dessous de 20 000 habitants. Ce n’est pas un village mais ce n’est pas non plus gigantesque. D’un point de vue humain, je dirais que c’est une bonne taille. Moissy-Cramayel, c’est aussi une commune qui se développe très vite : en 40 ans, les Moisséens sont passés de 2 000 habitants à près de 20 000 habitants. Cela implique évidemment beaucoup de choses comme la création de nouveaux quartiers ou le développement d’un nouvel urbanisme. C’est ce qui fait que c’est une commune nouvelle. Elle se développe toujours et encore. Moissy-Cramayel a aussi une dimension agricole et cela construit également sa richesse. 

Vous parlez de la dimension agricole de la commune. Moissy-Cramayel est entourée par des champs. Il y a actuellement toute une controverse sur l’effet des pesticides sur la santé des riverains. Est-ce que vous avez déjà réfléchi à réguler l’utilisation des pesticides ?

Oui. Plus d’une fois d’ailleurs. Il y a encore des agriculteurs qui cultivent de manière intensive du fourrage, des céréales, des betteraves et du maïs. Ils utilisent des pesticides dans le cadre de la loi bien évidemment mais ils sont très proches des habitations. Les champs bordent les quartiers et cela va continuer encore pendant un certain temps. Le débat des pesticides, je le voyais venir depuis longtemps. Plutôt que d’adopter une ligne dure comme le maire de Langoüet avec des arrêtés municipaux, j’ai préféré faire autrement. En 2019, j’ai invité dans mon bureau les six agriculteurs qui cultivent des terres autour des urbanisations de Moissy-Cramayel. On a dialogué et je les ai invité à réfléchir sur le modèle agricole actuel. J’ai donc préféré poser les bases d’un dialogue apaisé plutôt que d’instituer un climat de rapport de force. 

Pour vous dire, un agriculteur m’a dit après ce rendez-vous qu’il allait arrêter la cultivation agricole autour des écoles et habitations. C’est une petite victoire. Mais il y a encore tellement à faire. 

J’ai vu dans votre programme que vous accordiez de l’importance à l’écologie. Les initiatives doivent partir de l’échelle locale ? 

Oui. Bien sûr. Aujourd’hui, le monde entier met en cause l’inaction des gouvernements. Un procès d’inertie à l’intention des gouverneurs est en train de se faire. On fait donc face à un repli sur soi, à un repli sur sa maison, son mode de vie, sa commune. Cela s’explique par le fait que le maire est accessible, on peut le contacter. A partir de ce dialogue, on construit ensemble quelque chose. Pour la petite anecdote, hier (le 2 mars) j’ai vu sur mon bureau un petit paquet de 6 oeufs. Il m’a été offert par l’école de la Fosse-Cornue parce que la municipalité l’a aidé à planter un poulailler. Et leurs premiers oeufs, ils me les ont offert. Donc, il faut entreprendre localement et ça marche. 

Garantir l’écologie doit passer par la pédagogie ? 

Je mets complètement l’accent sur la pédagogie. Un maire peut discuter avec sa population et offrir des services de proximité. Accompagner, impulser, suggérer, c’est un peu mon rôle. Sur l’écologie, je pense que c’est essentiel que chacun, là ou il est, fasse ce qu’il peut. Nous tous. C’est pour cela que j’ai décidé dans mon programme de sensibiliser dès l’âge de 3 ans les enfants à la nature par exemple. 

Comment vivez-vous ces élections municipales par rapport à 2014?

Je les trouve plus dures. Il y a plus de tension. La semaine dernière, un de mes colistiers a vu sa voiture incendiée à son domicile. Moi-même je fais l’objet de beaucoup de diffamations et de mensonges. 

Ce climat de tension vous fait peur ? 

Non. De tempérament, je n’ai pas peur. Le commissariat m’a proposé une protection. Je l’ai refusée. Je ne sais pas si c’est le bon choix mais c’est mon tempérament. 

J’ai lu dans un article pour Le Parisien que vous aviez dit au cours d’un conseil municipal : « J’ai fait mes preuves depuis le début de mon mandat. On me reproche d’être la femme de l’ancien maire. C’est vrai, et j’en suis fière. Me présenter il y a cinq ans n’était pas facile, mais je n’ai plus peur. » Pourquoi et en quoi c’était tant difficile de vous présenter en 2014 ? 

On me faisait le procès d’être la femme de l’ancien maire. Les personnes s’interrogeaient  sur ma capacité à tenir ce poste. Ils pensaient que j’étais là par « protection » grâce à mon mari. Le fait que je succède à mon mari a fait débat pendant longtemps. Et ce n’est pas encore fini. Aujourd’hui je lisais dans Le Parisien qu’on parle même de « balkanisation ». C’est une manière de voir les choses et chacun pense comme il le souhaite. Mais moi, qu’est-ce que je réponds à ça ? Je dis que la loi m’autorise à me présenter et j’ai été élue démocratiquement il y a 6 ans. Je me bats comme tout le monde. Je fais campagne comme tout le monde. Jugez-moi sur ce que j’ai fait pendant mon mandat. 

Etre une femme dans le monde politique c’est très difficile. Quand j’y pense, je me dis que je suis très contente d’être une femme maire. Je voulais occuper ce poste aussi pour ça : envoyer un message, dire que c’est possible de représenter une commune. C’est mon côté féministe. 

Comment ce côté féministe se retranscrit dans votre mandat ? 

Depuis l’an dernier, j’ai une collaboratrice chargée de veiller à l’égalité hommes/femmes. A Moissy, on profite également de la semaine autour du 8 mars pour proposer une série d’actions et spectacles autour de l’égalité des droits hommes/femmes et autour des violences faites aux femmes. On a aussi un travail plus discret d’écoute et d’accompagnement des femmes victimes de violences. 

Si je vous demande de me citer deux  projets que vous souhaitez porter pour votre prochain mandat , quels seraient-ils ? 

Mon objectif premier est d’attirer des médecins généralistes dans ma commune parce qu’il y a une réelle pénurie de généralistes. On a déjà construit une permanence médicale de soins l’an dernier. Mais ce n’est pas suffisant. Il faut construire des locaux et les mettre à la disposition des médecins et des personnels médicaux. Apporter un service de soins pour tous les moisséens, c’est un de mes objectifs. Mon second projet serait de construire une salle de fête pour accueillir des forums, des célébrations ou spectacles associatifs. Cela fait partie du vivre-ensemble qui représente bien Moissy-Cramayel.  

Tout autre sujet. Dans une infographie que j’ai consulté sur le site de Francetvinfo, j’ai remarqué que Moissy-Cramayel comptabilisait près de 12% de chômeurs en 2016. 12% sur 17 000 habitants. A votre avis, comment faire pour régler le problème du chômage et pour créer de l’activité au sein même de Moissy-Cramayel ? 

Les statistiques nationales ont bien évoluées depuis 2016… Je pense que maintenant on est en dessous de 10%. Je pense qu’on ne manque pas tellement d’emplois à Moissy-Cramayel. On a un emploi pour un actif. S’il y a du chômage, je l’attribuerais à une population peu éduquée. Comme nous sommes une ville qui accueille énormément de logements sociaux, plus de 30%, on a beaucoup de populations issues d’immigrations récentes. Je le vois quand je fais du porte-à-porte. Je vois des personnes qui arrivent et qui ne parlent même pas le français. Quand vous accueillez beaucoup de logements sociaux, vous accueillez aussi des personnes en difficulté pour trouver un emploi. Parce qu’il y a la barrière de la langue, la barrière de la formation, pas de transports ni voitures. Donc c’est peut-être cela. Mais pour vous dire la vérité,  je ne ressens pas dans la rue que l’emploi manque à Moissy-Cramayel. 

La sécurité est l’une des grandes préoccupations des électeurs en France. Quelles sont vos ambitions pour garantir la sécurité des moisséens ? 

La sécurité est un sujet compliqué. Je souhaiterais étoffer autant que possible les effectifs. On a déjà créé 10 postes de policiers que j’ai armés en 2014. Le problème aujourd’hui, c’est qu’on a du mal à trouver des policiers pour occuper ces postes. On manque cruellement de professionnels de police. Aujourd’hui, sur les 10 postes qu’on a crée, il n’y en a que 7 de pourvus. 7 policiers pour plus de 17 000 habitants. On aimerait bien monter à 15 postes pour le prochain mandat. Mais je suis réaliste: ce n’est pas parce que j’aurais créé 5 postes de plus que je trouverais les personnes pour les occuper.  Il y a une réelle pénurie. On a aussi créé des postes d’agents de sécurité de la voie publique. Des personnes qui ont moins de pouvoirs que les policiers mais qui apaisent. 

La sécurité, ça passe aussi par la sensibilisation des citoyens. Il faut les responsabiliser à leur sécurité. On va aussi augmenter le nombre de caméras mais, je le sais, elles ne résolvent pas tout. 

Il faut aussi animer les lieux. En animant, on sécurise. C’est un peu l’objectif de la rénovation du centre-ville, qu’on a déjà entamé et qu’on va poursuivre si je suis réélue. Ce centre-ville avait vieilli et des trafics s’y étaient installés. Des personnes vendaient de la drogue tous les soirs. Certains venaient en acheter. Il y en avait aussi qui s’enivraient et faisaient du bruit. Donc l’animation, l’activité dans le centre-ville va participer à la sécurisation de la ville.  

Concrètement, comment allez-vous entreprendre l’aménagement du centre-ville ? 

Mon objectif est d’éclaircir, aérer. On a déjà commencé. Maintenant, il faut continuer et faire venir des animations dans le centre-ville. Il va y avoir le marché bien-sûr qui a lieu deux fois par semaine, une patinoire l’hiver, des producteurs bios et des boutiques éphémères. Une douzaine de jeunes femmes artisanes qui créent des bijoux et des vêtements sont aujourd’hui prêtes à venir exposer leurs produits sur cet espace. 

Sujet un peu plus politique. Que pensez-vous de la circulaire Castaner sur le nuançage politique ? Elle vise à retirer l’étiquette politique des candidats des communes de moins de 3 500 habitants. Quelle est votre opinion sur le sujet en tant que maire qui porte une étiquette politique ?  

Je pense que c’est une demande des maires des petites communes. Dans les villages et petites communes, il y a des candidats qui ne veulent pas porter d’étiquette politique. Ils ne souhaitent pas être catalogués. Et donc le gouvernement a écouté cette demande. Cette circulaire ne me choque pas. On remarque bien en plus l’écroulement de tous les partis politique en France. A Moissy-Cramayel, il y a cinq listes. Sur les cinq, seulement la mienne est étiquetée politiquement (divers gauche). Les gens n’ont plus envie de voter pour un parti mais pour un programme. Je suis adhérente du Parti socialiste depuis 1981 et il n’y a plus personne au Parti socialiste. Ça rime à quoi d’avoir un parti dans ce contexte ? A rien. 

Un dernier mot pour les Moisséens et non Moisséens qui liront cette interview ? 

Je dirais qu’il faut se sentir citoyen de sa ville et qu’il ne faut pas perdre de vue la paix. C’est fondamental et elle est fragile.

Mon mot de la fin

Je tenais à remercier sincèrement Line Magne de m’avoir accordé cet entretien. Et j’espère que cet article vous a plu. N’hésitez pas à commenter ou à réagir sur mes réseaux sociaux (les liens sont en début d’article).

Écrit par @hamnysarah.

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